Un mur jauni n’est pas une infraction au bail. Pourtant, au moment de quitter un logement, certains propriétaires brandissent le rouleau de peinture comme une menace, exigeant que les murs retrouvent leur éclat d’origine sous peine de prélever sur le dépôt de garantie. La loi, elle, ne cède pas à ces injonctions arbitraires : seule la dégradation volontaire engage la responsabilité du locataire, pas l’usure du temps ni la patine des années.
Entre ce que dit la loi et ce que réclament certains bailleurs, le flou s’est installé. Faut-il s’en tenir à l’état de propreté ou se soumettre à des exigences de rafraîchissement systématique ? Les zones grises persistent, et nombreux sont ceux qui s’y perdent au moment de rendre les clés.
Repeindre avant de partir : une obligation ou un simple choix ?
Quitter un appartement sans savoir s’il faut repeindre, c’est un classique des fins de bail. La question revient, insistante : la loi impose-t-elle vraiment de rafraîchir les murs ou le locataire est-il libre de s’en abstenir ? La peinture cristallise les crispations à l’instant décisif de l’état des lieux de sortie. Faut-il s’astreindre à une remise à neuf, ou suffit-il de restituer un logement propre ?
Les textes sont sans équivoque : le locataire doit simplement maintenir le logement dans un état de propreté réaliste. Si quelques raccords de peintures sont nécessaires pour effacer des traces ponctuelles, cela entre dans le cadre d’un entretien normal. Mais rien, dans la réglementation, n’impose de repeindre toutes les pièces. L’obligation de réparer s’applique en cas de dégradations manifestes : tags, taches incrustées, couleur audacieuse posée sans l’accord du propriétaire bailleur. Dans ces cas, des travaux de peinture peuvent s’imposer. Mais pour des murs simplement fatigués, ternis par le temps, le locataire ne saurait être tenu pour responsable.
Certains propriétaires n’hésitent pas à réclamer un rafraîchissement total, mais cette injonction n’a aucune assise juridique. Les clauses du contrat de location imposant de repeindre à la sortie ne résistent pas face au juge. Seule une restitution propre, débarrassée de toute dégradation majeure, correspond à ce qui est attendu.
Ce que la loi prévoit pour les locataires à la fin du bail
Le cadre légal est précis : à la fin du bail, chaque partie connaît ses droits et ses devoirs. L’article 7 f de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 précise que le locataire doit rendre le logement en bon état d’entretien, excepté ce qui relève de l’usure normale. La loi n’exige à aucun moment une remise à neuf totale de la peinture.
Le décret n°87-712 du 26 août 1987 détaille les réparations locatives. Parmi celles-ci, seules figurent les petites retouches, les menus raccords de peinture ou de tapisserie. Les murs n’ont besoin d’être totalement refaits qu’en cas de dégradations avérées : tags, taches incrustées, ou couleurs extravagantes appliquées sans l’aval du propriétaire bailleur.
Le sort du dépôt de garantie se joue lors de l’état des lieux comparatif entre l’entrée et la sortie. Si un différend survient, toute retenue doit être appuyée par des preuves concrètes : devis, factures, et non des appréciations subjectives.
Voici quelques repères pour mieux cerner vos droits :
- Le Code civil distingue clairement l’usure naturelle de la faute du locataire.
- La restitution en « état de propreté » prévaut sur un simple rafraîchissement esthétique.
- Le locataire peut personnaliser les lieux, à condition de les rendre dans une couleur neutre si le bail le précise explicitement.
Le moment de la sortie état des lieux exige de la vigilance. La loi encadre, mais chaque dossier a ses particularités.
Différencier usure normale et dégradations : comment savoir ce qui vous incombe
Déterminer la frontière entre usure normale et dégradations est souvent source de tensions en fin de bail. Pourtant, la notion de vétusté repose sur des critères concrets. La peinture qui s’écaille, le jaunissement progressif des murs, la teinte qui perd de sa fraîcheur : tout cela relève de l’usure naturelle des matériaux, autrement dit de l’usure normale. Impossible d’empêcher un mur de vieillir, même avec toute la bonne volonté du monde.
En revanche, les rayures profondes, les taches incrustées, les dessins d’enfant sur un pan entier : ces marques-là sont bien des dégradations. Leur réparation incombe au locataire. Les menus raccords de peintures et petites retouches relèvent de l’entretien courant.
Pour éviter les litiges, certains bailleurs se réfèrent à une grille de vétusté, élaborée en concertation avec les associations de propriétaires et de locataires. Cette grille fixe la durée de vie des revêtements et précise qui prend en charge d’éventuels travaux. À titre d’exemple, la peinture d’un logement loué est généralement considérée comme ayant une durée de vie de cinq à sept ans.
Pour mieux visualiser la répartition des responsabilités, voici quelques exemples :
- Peinture écaillée ou défraîchie : usure normale
- Taches, rayures, trous : dégradations à la charge du locataire
- Retouches localisées : entretien courant du locataire
Un conseil : comparez systématiquement l’état des lieux d’entrée à celui de sortie. La grille de vétusté permet d’objectiver la discussion et de couper court aux demandes abusives.
Éviter les mauvaises surprises lors de l’état des lieux : conseils pratiques pour bien s’y préparer
Le moindre détail peut faire la différence lors de l’état des lieux de sortie. Pour éviter de mauvaises surprises avec le propriétaire bailleur, anticipez chaque étape. Passez en revue chaque espace : plafond, plinthes, prises, interrupteurs. Les murs demandent une attention toute particulière : vérifiez la présence de traces, rayures ou éclats de peinture susceptibles d’être considérés comme des dégradations plutôt que de simples marques d’usure normale.
Un réflexe utile : sortez votre téléphone ou votre appareil photo. Les photos d’état des lieux avant et après votre départ font foi, surtout pour apprécier la propreté ou l’état des peintures. Rassemblez également toutes les factures ou devis relatifs à vos travaux de remise en état. Très souvent, un simple raccord de peinture bien fait permet d’éviter une retenue injustifiée sur le dépôt de garantie.
Voici quelques gestes à adopter pour un état des lieux sans accrocs :
- Vérifiez l’état des murs en le comparant à celui de l’état des lieux d’entrée.
- Nettoyez toutes les surfaces, sans négliger tapisseries et boiseries.
- Gardez une trace de chaque intervention grâce à des photos ou factures.
Un état des lieux préparé avec rigueur permet d’éviter bien des conflits et de récupérer rapidement son dépôt de garantie. Sur l’état de la peinture, un peu de vigilance suffit souvent à éviter les discussions sans fin. Quitter son logement, c’est aussi clore un chapitre : autant le faire sereinement, sans faux procès ni fausse note.


